” Au bout du chemin ? Des institutions 100 % transparentes “

Mes recherches m’amènent à rencontrer des hackers. Ces individus portés par une idéologie libertaire qui oeuvrent (à leur manière) pour le bien public. En employant des moyens légaux (parfois pas), ils récupèrent des données pour les transformer en services utiles aux citoyens. 

Aujourd’hui, nous avons posé quatre questions à l’un d’entre eux (que nous appellerons Marc), ayant été l’un des premiers à exploiter les données publics de transport d’une grande métropole (que nous nommerons Philla). Avec elles, il a créé une des première applications permettant d’obtenir les horaires des transports en commun en temps réel. 


 

AS : Pouvez-vous vous présenter ? 

Marc : Disons simplement je suis un fervent défenseur des libertés individuelles et de la circulation sans limites des données que l’Etat et les collectivités captent. Je considère que ces données nous appartiennent étant donné qu’elles sont issues de notre vie, et qu’elles doivent (de fait) nous être rendues. Logique non ?

AS : Vous avez créé une des premières applications mobiles permettant d’obtenir en temps réel les horaires de passage des transports en commun. Quel parcours les données transport empruntent-elles ? A quel moment de ce parcours avez-vous réussi à les capter ? 

Marc : C’est un serpent qui se mord la queue. En tout premier lieu, la société qui exploite les transports publics capte les données issues des bus et des trams, grâce à des appareils intitulés “endomètres” directement situés à bord. Cette société envoie ensuite ces données au service transport de la métropole Philla, qui s’occupe de nettoyer la donnée et de la présenter dans un format qui puisse être réutilisé par tout le monde. Ensuite, et c’est là l’ironie (rires), cette donnée est réutilisée par la même entité que celle qui l’a produit en premier lieu, à vertu de communication sur son site web. Et je pense que je peux étendre cette observation à l’open data en général : c’est souvent le producteur de la donnée qui devient le premier utilisateur.

AS : L’open data ne vous a-t-il pas mis au chômage ?  Plus besoin de hackers, les données sont accessibles à tous. 

Marc : C’est sur, l’Etat, les villes et les collectivités se sont dotées de plus de moyens humains et techniques pour mettre en ligne leurs données. Par la même occasion, elles se sont aussi dotés de serveurs robustes qui leur permettent de trier les données captées plus rapidement. Cela va dans le bon sens. Mais ne croyons pas que les institutions diffusent toutes les données qu’elles possèdent : certaines données sont extrêmement sensibles et les élus bloquent leur diffusion. Prenons les subventions aux associations :  certains maires refusent de voir ces données libérées. Sûrement car elles mettraient en lumière une forme de favoritisme. Le chemin est encore long et j’ai toujours du boulot !

AS : Et qu’y a-t-il au bout du chemin ? 

Marc : Des institutions 100 % transparentes et dont les frontières avec les citoyens seraient aussi poreuses que celle entre le Mexique et les Etats-Unis (la comparaison est mal choisie mais tu vois bien l’idée). Concrètement, on pourrait interpeller une préfecture sur un défaut dans le process de renouvellement de carte grise, et participer activement à sa transformation.  Ce genre d’initiative ouverte est déjà dans les tuyaux avec la mise en place de hackatons* dans les villes au cours desquels elle mettent à disposition de développeurs des données pour qu’ils créent eux-mêmes de nouveaux services publics. Enfin, ils me semblent qu’elles allouent de plus en plus de budget pour animer la communauté des utilisateurs des données ouvertes.

AS : Quel futur envisagez-vous pour l’Open data à Philla ? 

Marc : Je pense qu’il y aura un rapprochement entre le service en charge de l’open data et le service de gestion de la “relation-citoyen” pour permettre une meilleure écoute des besoins du citoyen. Elle s’appuiera aussi, je l’espère sur des outils technologiques puissants pour améliorer cette écoute. A termes, il est possible (et plausible !) d’imaginer que dans quelques années, le citoyen pourra depuis son smartphone signaler un incident dans le bus et le tram, qui sera transmis directement à la métropole qui demandera à la société de transport d’affréter un bus de substitution.

 

Cette interview a été réalisées dans le cadre de mes recherches sur l’Open-data, menées dans le cadre de mon doctorat sur l’innovation de services issue de l’Open-data, financé par le programme ARC de la Région Rhône-Alpes.

Suivez l’avancée des recherches en suivant ce blog (ci-dessous) ou en me contactant sur Linkedin.

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